Mouvement politique des objecteurs de croissance (mpOC)

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Réponse du mpOC à la réponse de Ecolo-Etopia

mpOC | Posté le 5 mai 2011

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Notre réponse en PDF

Madame la Co-présidente d’ECOLO, Monsieur le Président d’Etopia,

Nous avons bien reçu votre réponse à notre interpellation intitulée « La « Prospérité sans croissance » : changement de paradigme ou opération de communication ? » et vous en remercions. Nous saluons le caractère circonstancié de votre texte dans lequel vous détaillez le point de vue conjoint d’ECOLO et Etopia. Il nous semble toutefois inopportun de revenir sur l’ensemble de votre argumentation et de vous exposer notre point de vue sur chacun des éléments proposés. Permettez-nous de nous contenter de souligner deux points qui nous apparaissent centraux.

1. Les actes ont la parole

Notre interpellation fait suite à la campagne d’Etopia sur la « prospérité sans croissance ». Cette campagne nous semble utile, mais nous nous interrogeons sur sa signification alors qu’ECOLO vote pour des textes de loi et réglementations qui organisent l’économie de croissance (du PIB) et son idéologie. Que ces textes soient des textes de compromis fait pour nous peu question. Mais cela ne change rien, vous en conviendrez, au fait qu’en votant effectivement pour des positions croissantistes, ECOLO s’y associe activement ainsi qu’à leur effets. Sauf bien sûr à considérer qu’il n’existe pas de différence entre décider de voter pour, contre ou de s’abstenir sur tel ou tel sujet. C’est pourquoi notre interpellation, qui fait suite à l’action d’Etopia sur la prospérité sans croissance, comprenait plusieurs questions dont la suivante : « Le parti Ecolo va-t-il réaliser un virage politique et se (ré)orienter vers une écologie politique qui rompt avec le productivisme et la croissance ? »

Il nous semble que vous ne répondez pas clairement à cette question et celles qui l’accompagnent. Nous avons lu dans votre texte la justification de vos positions passées et actuelles, mais n’avons trouvé que peu d’indications sur la manière dont ECOLO compte faire évoluer ses pratiques et orientations politiques, notamment en ce qui concerne la nécessaire sortie de l’économie de croissance. Vous mentionnez l’organisation de vos « Rencontres de l’écologie politique » dont nous vous félicitons. Mais vous comprendrez que la mention de ces débats futurs ne répond pas à nos questions qui interrogent la disjonction observée entre le discours d’une part et la pratique d’autre part.

2. A propos du « développement durable »

Nous souhaitons également attirer votre attention sur le caractère mensonger et irréaliste du « développement durable » dans la mesure où votre réponse nous semble problématique, alors qu’il s’agit d’un point important de l’analyse anti-productiviste. Vous nous reprochez d’indexer le « concept » de développement durable sur celui de croissance, puis vous distinguez une version faible et une autre forte du développement durable. Permettez-nous de vous rappeler certains passages déterminants du rapport Brundtland de 1987 qui définit la notion de « développement durable » de manière très officielle. Vous pouvez lire comme nous en son Chapitre 1, partie II « De nouvelles approches de l’environnement et du développement », la phrase suivante (nous soulignons) :

« … Le développement durable, c’est s’efforcer de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité de satisfaire ceux des générations futures. Il ne s’agit en aucun cas de mettre fin à la croissance économique, au contraire. Inhérente à cette notion est la conviction que nous ne pourrons jamais résoudre les problèmes de pauvreté et de sous-développement si nous n’entrons pas dans une nouvelle période de croissance dans le cadre de laquelle les pays en développement auront une large part et pourront en tirer de larges avantages.

La croissance économique s’accompagne toujours d’un danger pour l’environnement, puisqu’elle exerce des pressions sur les ressources. Mais les décideurs fidèles au principe du développement durable feront en sorte que les économies en développement respectent leurs bases écologiques et que ces dernières soient protégées, de manière à alimenter la croissance à longue échéance. … » [1]

Nous tenions à souligner cet élément central de la définition officielle du « concept » de développement durable, qui semble vous avoir échappé : dès son origine, le développement durable est lié à l’idéologie de la croissance économique infinie. Nous ne vous apprendrons pas combien l’usage des mots est important en politique. Il nous semble dès lors déterminant de ne pas faire dire à un « concept » ce qu’il ne signifie pas. Le développement durable est indissociable de la croissance économique, laquelle est incompatible avec la préservation de l’environnement comme le rappelle, après d’autres, Tim Jackson. Le développement durable est parfaitement compatible avec la destruction de la Terre, l’aliénation sociale et la misère humaine, la preuve la plus criante en étant que les politiques réelles et observables de développement durable ne s’opposent pas à cette triple dévastation qui est en cours. La distinction entre durabilité faible et forte est, de plus, dénuée de pertinence dès lors que la croissance économique prime et que sa réalisation nécessite la réduction et la destruction des deux autres sphères identifiées que sont le social et la nature.

Selon nous, il faut changer de paradigme, ce qui suppose également de reconnaître le caractère frauduleux du « développement durable » lequel, comme on peut l’observer aujourd’hui, prétend parfois remettre en cause l’hégémonie de l’économie de croissance alors qu’il en organise la relance selon le même rapport Bruntland. L’école de Palo Alto a distingué deux formes de changement des systèmes : le changement dit « de type I » qui consiste à opérer des ajustements internes sans changer la nature du système, le changement « de type II » qui vise à changer la nature même du système. Pour reprendre les termes de cette distinction, nous situons notre action dans le second type de changement, le seul selon nous qui permette d’envisager une stratégie apte à rencontrer les défis de notre temps.

* * *

Notre interpellation se terminait par le souhait que des signes concrets viennent démentir l’hypothèse que l’activité d’Etopia à propos de la « prospérité sans croissance » pourrait-être une opération de communication non suivie d’effets par votre parti. Nous écrivions [2] : « Puisse l’action de tous les mandataires Ecolo démentir cette hypothèse et contribuer ainsi à réduire le fossé béant entre le peuple et ses élus censés les représenter. »

Entre-temps et entre autres choses, le Ministre Henry a confirmé le permis délivré à City Mall pour construire son complexe commercial à Verviers. Temples de l’hyper-consumérisme, symboles de la dépendance aux énergies fossiles polluantes, accélérateurs des modes de production et de consommation socialement iniques de nos sociétés, les « malls » sont un exemple du pire du productivisme et de la logique économique de croissance [3]. Que le ministre ECOLO Henry décide de confirmer ce projet qui va durablement défigurer Verviers, projet rejeté par une partie significative de la population locale fortement mobilisée et pourtant jamais réellement consultée, est un signal qui nous semble très négatif.

Restant à votre écoute, nous vous prions Madame la Co-présidente d’ECOLO, Monsieur le Président d’Etopia, d’agréer l’expression de nos salutations distinguées.

Le Conseil politique du Mouvement politique des objecteurs de croissance

Notes

[1] Vous pourrez trouver de nombreux autres passages imbriquant développement durable et croissance, comme cette phrase en introduction dudit Rapport : « La Commission est persuadée que l’humanité peut créer un avenir plus prospère, plus juste, plus sûr. Dans notre rapport, notre avenir à tous, notre démarche n’est pas de prévoir une dégradation constante de l’environnement ni une progression de la pauvreté et des difficultés dans un monde de plus en plus pollué où les ressources seraient de moins en moins nombreuses. Nous envisageons plutôt la possibilité d’une nouvelle ère de croissance économique, s’appuyant sur des politiques qui protégeraient, voire mettraient en valeur la base même des ressources. Nous estimons que cette croissance est absolument indispensable pour soulager la misère qui ne fait que s’intensifier dans une bonne partie du monde en développement.  … »

[2] Voir notre interpellation : http://www.objecteursdecroissance.be/spip.php?article150

[3] Nous nous étions prononcés contre ce projet en date du 10 juillet 2010. Voir : http://www.objecteursdecroissance.be/2010/com/Lettre-projet-les-rives-de-Verviers.pdf

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